Vivre en monastère

Thaïlande
4 septembre 2017 / By / , , , / 11 Comments

La semaine dernière, je suis partie vivre au Wat Pa Tam Wua, un monastère se trouvant au nord de la Thaïlande. Logé au flan d’une montagne, au beau milieu de la forêt, c’est un sanctuaire dans la nature, où l’on pratique la méditation Vipassana (silencieuse) et où l’on vit comme les moines thaïlandais. Cette expérience a changé ma vision de la vie.

Pour tous les détails techniques concernant le monastère, vous les trouverez ici : Wat Pa Tam Wua

Voici mon petit journal de bord, relatant l’expérience que j’y ai vécu, mon ressenti. Dedans je parle de la vie quotidienne du monastère, du lieu, de méditation, mais aussi de certains enseignements que les moines m’ont apporté. N’hésitez pas à poser vos questions en commentaires 😉

Jour 1

Il est 10h30. Je viens d’arriver au monastère. Je plonge dans le bain directement, en participant aux offrandes de nourriture pour les moines. Je suis en débardeur, ce qui est plutôt mal venu car tout le monde est vêtu de vêtement amples et couvrant de lin blanc. Heureusement, une fille m’a prêté un foulard pour me couvrir jusqu’à ce que j’aille choisir mes tenues.

Si je ne me trompe pas, il y a un an jour pour jour, avec mes copains nous quittions un festival sur une plage de Croatie pour aller à Ibiza. Et aujourd’hui, je suis dans un monastère. La vie est quand même drôle !

La cadre est juste splendide; verdoyant et tant d’espace. On peut sentir une énergie extraordinaire circuler; je me croirais presque dans La Prophétie des Andes ! (livre extra, ici) Si on monte un peu la montagne, il y a même des grottes minuscules et aménagées pour qu’on puisse y méditer. Avec des statues de Buddha, de l’encens… c’est magique !

Jour 2

Il est 4h58 du matin. Si je me tiens au programme, je dois de me lever à 5h pour méditer dans ma/mon kuti (ma petite maison) jusqu’à 6h30, heure à laquelle je dois aller offrir de la nourriture aux moines avant de prendre mon petit déjeuner. J’avoue que je comptais me lever un peu plus tard, mais il est très difficile de dormir sur mon lit (constitué d’une planche de bois haha). Je me réveillais au moindre mouvement cette nuit, donc je n’ai pas trop dormi. Et puis j’ai senti quelque chose de très grand et fin, se déplacé sur mon visage; ça devait être une araignée, et ça a fini de me réveiller pour de bon !

J’ai faim. Ici les deux repas sont à 7 et 11h du matin. C’est un demi-jeûne. J’ai acheté des biscottes; manger c’est tricher, mais bon… ça ne m’empêche pas d’avoir très faim haha. Je comprends mieux pourquoi tout le monde se servait des portions d’ogres au déjeuner hier. Mais c’est agréable, cette faim… elle tiraille le ventre, et me fait sentir alerte et énergique. C’est l’instinct primaire. C’est agréable.

En plus des règles de bases que vous pouvez voir sur leur site, j’en ai aussi appris d’autres. Par exemple, ici au monastère, nous n’avons pas le droit de toucher quelqu’un du sexe opposé. Et après 20h, nous n’avons plus le droit de leur parler non plus. Je ne peux pas pratiquer le yoga, sauf si c’est dans ma chambre; car le monastère se concentre sur le contrôle et le travail mental, pas physique. Dommage, car j’aurais bien aimé faire mon yoga dans ce cadre magnifique au pied de la montagne ! On ne peut pas s’allonger non plus dans l’herbe ou en dehors de nos chambres, excepté si le moine nous le demande pendant la méditation.

J’ai également remarqué qu’il n’y avait ni miroir ni poubelle. Nulle part. Même dans les salles de bain. Heureusement je n’en n’ai pas besoin. Mais si j’avais eu mes règles, comment aurais-je fait ? Je n’aurais peut-être pas eu le droit de venir.

Ça ne fait pas 24h que je suis là, mais j’apprends déjà beaucoup. Par exemple, j’ai appris sur moi que je n’avais strictement aucune concentration. Ou très rarement. J’ai déjà eu 4h de méditation, et je devais reprendre mon esprit sans arrêt pour revenir à ma pratique ! Saviez vous qu’on a en moyenne 49 pensées par minute ? Ici, je vais essayer de corriger ça.

Jour 3

Ce qui est fou, c’est que tout s’améliore de jours en jours.

Le lit devient moins dur. La faim se dissipe entre les repas. Vider mon esprit devient plus rapide. La seule chose qui ne va pas en s’améliorant, c’est les douleurs pendant les postures. J’ai de petits hématomes sur les hanches à causes du lit en bois, et être assise minimum quatre heures par jour en lotus ou à genoux… ça n’aide pas. Je fais un peu de yoga et d’étirements dans ma kuti pour y remédier.

M’endormir n’est pas ultra facile non plus, car je suis un peu stressée de me faire réveiller de façon berk haha. Aujourd’hui, c’était par une blatte visqueuse qui chillait dans mes cheveux, à 3h du matin. A part cette mini angoisse, je me sens très calme. Centrée.

Durant la 6ème heure de méditation de ce soir, j’ai réussi à vraiment faire le vide. Dans ma tête, dans mon coeur, partout. J’étais; mais je ne pensais plus. Ca a duré quelques minutes… Et puis je me suis fais envahir par la peine. Et j’ai pleuré. En silence dans le noir, entouré de tout le monde. C’est comme si les couches superficielles de pensées s’en été allées; et que du coup, l’essentiel avait refait surface. J’ai pensé à ma grand-mère. Cela faisait des semaines que je ne l’avais pas pleuré. Mais faire le vide a fait apparaitre la seule émotion qu’il me restait. Ça m’a libéré, en quelques sortes.

Jour 4

Aujourd’hui avec une copine allemande, on a osé poser nos questions au moine principal, après la méditation de l’après midi. C’est une opportunité unique qu’on se devait de saisir. Petit à petit, d’autres participants nous on rejoint. Les questions étaient diverses : qui suis-je, comment savoir ce qu’est le vrai « moi »? Pourquoi est-ce que je souffre ? Comment accepter un deuil ?

C’était très intéressant. Et globalement, son conseil réside dans l’essence même du bouddhisme :

Les émotions ne sont pas nous; les sentiments ne sont pas nous; pas plus que notre corps ou notre esprit. Rien ne peut nous définir; il faut juste accepter ses éléments extérieurs, et les regarder avec distance, pour ne plus en souffrir.

Ma méditation préférée est la « walking meditation ». On marche à un rythme lent, derrière les moines, dans la forêt. C’est magique et je me sens comme une enfant. Parfois je me concentre très bien, et parfois j’en suis incapable; j’ai besoin de toucher les feuilles, de sentir les fleurs, de regarder les arbres, de jouer avec l’herbe et d’observer les si-nombreux insectes… je suis tellement bien dans cet environnement magnifique. C’est plein d’énergies très puissantes.

Des pins « silent and happy » sont à disposition pour ceux qui souhaitent continuer le vipassana en dehors de la méditation, et rester en silence complet pendant quelques jours. La plupart des gens le portent à un moment où à un autre. Mais moi j’ai décider de ne pas le faire. Ca doit être intéressant c’est sûr… mais j’apprends tellement des autres. Je veux savoir pourquoi ils sont là, je veux m’imprégner de leur esprit, comprendre leur vision de la vie..!

Jour 5

C’est tellement facile, et tellement agréable de rencontrer les autres ici. Tout le monde est plutôt bienveillant. Tout le monde est là pour des raisons personnelles et profondes. On se sent en sécurité comme jamais, dans cet environnement si apaisant.

Hier soir, j’ai eu la meilleure séance de médiation de ma vie. Pendant la 6ème heure, de 19 à 20h. J’étais comme plus légère, j’avais l’impression de flotter un peu au dessus de mon corps.

Je n’étais plus rien, plus de sensation plus de sentiment. Et j’étais absolument tout l’univers en même temps. C’était vraiment étrange et mystique comme expérience.

Les moines bouddhistes disent qu’il n’y a pas de « moi ». Pas de « je ». Que nous sommes comme des voitures; les voitures n’existent pas par elles-mêmes, elles sont un assemblages de roues, de métaux, de pièces détachées. Et de la même façon nous sommes juste un puzzle fait de notre corps, de notre esprit, de notre coeur qui bat… Mais que le « je » n’existe pas. « Qu’on » existe pas.

Au début ça énerve ce raisonnement. Mais petit à petit, j’ai commencé à le saisir.

Les moines ont beaucoup de règles à suivre. Outre l’interdiction à la viande, au sexe, à l’alcool, tabac, drogue etc., ils n’ont également pas le droit de chanter, de se déguiser, ou même ne serait-ce que d’écouter de la musique. Car lorsqu’on chante, on perd le contrôle; on doit entrer dans nos émotions.C’est triste mais je trouve ça beau, d’un certain coté. C’est vrai que la musique influence beaucoup… qui n’a jamais déprimé en écoutant une chanson pleine de souvenirs ?

Jour 6

En fait, rembourrer mon mini matelas avec mes vêtements était une mauvaise idée. Je dors bien mieux maintenant qu’ils ne font plus des bosses en dessous ! Et je me suis habituée à tout. J’adore cet endroit. Je n’ai presque plus mal aux jambes, même si je reste une heure immobile en lotus.

Je ne veux pas partir aujourd’hui. Mais il le faut. Mon visa birman est prêt, je dois aller vers de nouvelles aventures !

Mais j’espère vraiment revenir un jour. Je suis allée donner mon enveloppe avec ma « donation » tout à l’heure. On peut donner l’argent que l’on souhaite. J’ai croisé le moine « chef » et il m’a demandé de l’attendre près du petit pont sous lequel passe une magnifique rivière. Il est revenu avec deux bracelets de méditation et me les a offert. Il y en a un pour ma copine Jenny, avec qui je vais rentrer sur Pai. Ça m’a touché, il a un sourire tellement doux et calme ce monsieur. Au moment du déjeuner il fait toujours des blagues en expliquant qu’avant de devenir moine, il faisait des barbecues avec de la viande tous les jours. Mais que maintenant il respecte et aime tous les êtres vivants.

Lorsque l’on se promène pendant nos marches méditatives, on a même comme consigne de faire attention à ne pas écraser de fourmis. J’adore ça.

Jour 7

La méditation me manque énormément. Avec Jenny on continue un peu, mais pas des heures par jour comme avant. Cependant nous avons garder (pour le moment !) ce calme en nous. Nous sommes centrées et paisibles. On se sent changées. J’espère que ce sera durable, et je vais travailler sur ça.

Comme nous on dit à maintes reprise les moines, les sentiments apparaissent, montent en puissance, atteignent un pic, puis disparaissent, à moins de les entretenir. Quels qu’ils soient : la tristesse, l’amour, la joie…

« On ne peut pas se brûler si l’on ne met pas sa main dans le feu »

Si l’on veut rester calme et centrée, on doit pratiquer cette méditation qui nous fait tant de bien; tout comme un sportif qui doit s’entrainer régulièrement pour garder sa masse musculaire. Une fois sa forme atteinte, ce n’est pas pour autant qu’il s’arrête ! Il faut continuer pour entretenir et s’améliorer.

Si mon voyage, depuis le début, change clairement ma vision de la vie, cette semaine en monastère y a énormément contribué également. Je suis en manque de cette routine si saine et agréable de méditation et de prière, et je pense y retourner dans moins de temps que prévu.

Bilan

Vivre dans ce monastère est une chance merveilleuse, et une expérience hors du commun.

Mais il faut garder en tête que ce n’est pas fait pour tout le monde; et ce n’est pas grave. Certains ne s’y sentent pas à leur place et partent au bout de deux jours; d’autres essaient de rester plusieurs semaines… L’expérience est différente pour chacun. Les premiers temps, je trouvais ça « intéressant », bien que la médiation vipassana me rebutait un peu, moi qui suis une grande bavarde !

Puis cela s’est développer en autre chose. Je ne saurais expliquer quoi. Mais c’était grand, fort, et révélateur. Je ne vois plus la vie comme avant. Quelque chose s’est éclairé en moi. J’ai quitté le monastère il y a une semaine, mais c’est toujours là. Cette impression d’avoir enfin commencé à comprendre le sens de la vie… le sens de tout.

Je vous souhaite de vivre ça ♥ N’hésitez pas à me poser vos questions en commentaire si besoin !

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11 Comments

  1. Ca a l’air tout bonnement incroyable.. J’aimerais vivre une aussi jolie expérience, tout ce calme et cette méditation, ça me fait rêver..

  2. Proudjo dit :

    Ton expérience fait envie mais donne aussi à réfléchir , vraiment….au sens de tout cela et à la difficulté de la vie….si cela peut aider à y trouver un sens ,alors cela doit être , en plus d’1 expérience enrichissante , une aide fabuleuse !!!! Bravo pour ton endurance 🙂 et merci de nous faire partager ces moments de vie uniques 😀 !

  3. Agate dit :

    Super article, j’arrive en Asie du sud-est d’ici un mois et je songe fortement à suivre tes pas ! A vrai dire je viens de dévorer ton blog et bravo, il est superbe, plein de bon conseil et tes vidéos sont tops 😉

  4. Morgane dit :

    Bonjour,
    Je suis tombée sur cet article par hasard car je recherchais des centres de vipassana en Thaïlande. Ton article m’a convaincue d’aller faire une retraite dans ce monastère. J’ai essayé de les contacter mais l’adresse mail sur leur site n’est pas valide. Comment avais-tu fais ? Tu t’y es rendue directement ou tu as du réserver avant ?

    • AC dit :

      Super, tu vas adorer !
      J’y suis allée directement 🙂 même si ça peut être impressionnant, il n’y a pas de moyen de « réserver » avant d’y aller. Ils auront un lit pour toi quoi qu’il arrive, ne t’en fais pas… ne pas avoir de préparation fait parti de l’expérience <3

      • Morgane dit :

        Ok super ! Merci beaucoup pour ta réponse 🙂 je suis sûre que ce sera une belle expérience oui :))

  5. REM dit :

    Bonjour, sommes nous obligés de rester 10 jours? Ou pouvons nous rester plusieurs mois? Merci d’avance

    • AC dit :

      Bonjour ! Le maximum d’un séjour est de 10 jours. Après, si vous avez une affinité particulière avec le lieu et que vous respectez bien toutes les consignes, je pense qu’il vous est possible de rester plus longtemps, mais probablement pas quelques mois 🙂

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